L’icône de l’Honorable invitée à siéger dans une assemblée religieuse tibétaine – 藏地法会上迎请尊者法像

L’icône de  l’Honorable invitée à siéger dans une assemblée religieuse tibétaine

Traduction de 藏地法会上迎请尊者法像 par Tsering Woeser, 26 octobre 2011

Je poursuis ici la description de mon voyage dans la région de Kham en juillet de cette année. Initialement, nous avions prévus faire un arrêt de plusieurs jours à chaque endroit, mais dès notre arrivée dans la préfecture de Yushu, nous fûmes pris en filature par les policiers de la région de Qinghai, ensuite, à partir de Manigange, par les policiers du Sichuan. Pour cette raison, nous dûmes traverser plusieurs endroits sans s’y attarder longuement, ne s’arrêtant que pour quelques heures ou pour y passer la nuit. Nous savons que l’objectif pour lequel nous fûmes suivis de si près par la voiture de police était de couper court à tous contacts entre nous et la population tibétaine locale. De tels contacts peuvent donner lieu à des charges criminelles sans fondement, ce qui est suffisant pour menacer nos amis locaux.

Sur la route allant du conté de Xinlong à celui de Litang, j’ai enregistré dans mon portable une impression que je ressentie alors : des postes de douane sont installés dans tous les contés, remplis de policiers et de militaires, qui d’un air suspicieux contrôlent les cartes d’identité. Parmi les policiers, les Tibétains forment la majorité, alors que presque tous les militaires sont Hans. Dans le village de Junba du conté de Litang, nous sommes descendus de voiture pour prendre quelques photos. La voiture de police qui se trouvait derrière vint aussitôt se positionner à l’avant pour nous attendre, effrayée que nous discutions avec les Tibétains. J’ai marché jusqu’aux policiers pour m’enquérir des motifs pour lesquels ils nous poursuivaient, seulement pour être prise en photo par un jeune policier tibétain, qui prétexta une simple coïncidence.

J’ai vécu plus de 10 ans dans la province de Kham et j’y suis retourné souvent par la suite, c’est pourquoi Kham m’est autant familière que peut l’être Lhassa, incluant l’histoire de cette région et sa situation présente. À cette époque, je me souviens encore des grands Khampas accoutrés des vêtements tibétains qui déambulaient dans les rues de Litang. J’ai toutefois réalisé qu’il y en avait beaucoup moins qu’auparavant, alors que les prospecteurs d’or venus des territoires han sont de plus en plus nombreux. Une rue, surnommée « la Rue des gourmets », rassemble autant de restaurants que de poissonneries, dont les portes ou les fenêtres sont recouvertes de caractères chinois annonçant le « poisson des neiges du plateau ». À dire vrai, on peut voir de tels restaurants partout aux hasards des rues : ces créatures des eaux, auxquelles les Tibétains portaient une estime sacrée, sont devenues de la fine cuisine dans l’estomac des gourmands, avec indifférence totale pour les tabous locaux.

Perché en haut de la ville, le monastère de Litang (également appelé le monastère Tangqincunker) a une signification particulière dans l’histoire du Tibet. En mars 1956, le Parti communiste de Chine proclama apporter le bonheur au peuple tibétain, alors que dans le ciel, les avions bombardaient le monastère de Litang et sur la terre, les troupes de l’Armée populaire de libération massacraient les moines. Le monastère de Litang connut une difficile régénérescence jusqu’en 1980. J’ai passé plusieurs fois par le monastère de Litang, mais cette fois, en raison du contexte de la filature policière, nous dûmes renoncer à notre intention d’aller offrir nos hommages. Ne pas y aller n’était pas non plus une mauvaise chose, autrement nous aurions subi une inspection accrue de la part du parti concerné. Mais quelques jours plus tard, toujours en voyage, je réussis difficilement à « sauter le mur » (1) pour lire sur internet une nouvelle stupéfiante :

Le 15 juillet (c’est-à-dire 2 semaines avant que nous passions par Litang), le monastère de Litang organisa la Quatrième grande assemblée religieuse hivernale, d’une durée de 10 jours, à laquelle participa une foule de milliers de moines, venus des d’une centaine de sectes des provinces de Kham et d’Amdo. Or, cette assemblée différait des précédentes : à son commencement, dans le concert imposant des slogans religieux, l’on invita une énorme icône du Dalaï-lama à siéger sur un trône religieux, alors que d’innombrables moines et croyants, retenant leurs chaudes larmes, lui offraient respectueusement des khata. Selon les  informations, avant de tenir l’assemblée religieuse, plusieurs grands moines révélèrent aux autorités locales de Litang et de la sécurité publique qu’on allait offrir un sacrifice à l’icône du Dalaï-lama lors de l’assemblée et qu’il serait difficile de garantir que n’advienne pas un mouvement de protestation si les autorités locales décidaient de l’empêcher.

J’ai vue la photographie de la scène de l’assemblée, il s’agit véritablement d’un spectacle exaltant. Un lama ayant participé à cette assemblée m’a confirmé cette nouvelle. Lui-même n’est pas un moine du monastère de Litang, mais d’un certain monastère Gatsu du nord de Kham. Lorsqu’il en arriva à parler du moment où il vit l’icône plus grande que nature du Dalaï-lama à l’assemblée, il ne put s’empêcher de joindre les mains, le visage plein de larmes : « À ce moment, j’ai ressentie exactement comme si le Gyelwa Rinpoche lui-même venait assister à l’assemblée, comme si la plaie dans notre cœur put enfin se refermer ». Poursuivant et ne pouvant réprimer son air joyeux, il dit à voix basse : le temps de la renaissance du bouddhisme tibétain est déjà proche. Les mouvements qui, il y a plus de deux cents ans sous les efforts des lamas visionnaires, s’organisaient dans chaque monastère de Dege de la province de Kham, sans égards aux différentes sectes, sont ressuscités en cet instant de vie ou de mort.

En effet, quelque trois mois plus tard, dans le conté de Nangqen, voisin de Yushu, fut organisée la septième assemblée de débat des canons religieux de Gatsu. 1500 moines venus de 35 monastères des différentes sectes des provinces de Kham et d’Amdo participèrent à cette assemblée. À ce moment, une énorme icône du Dalaï-lama fut consacrée sur un haut trône religieux, recevant un salut sincère de tous les pèlerins et croyants. Visiblement, l’icône de l’Honorable est devenue le symbole éclatant du ralliement de l’ensemble des moines des différentes sectes et des différentes régions tibétaines.
Pékin, 26 octobre 2011

 

 Tous droits réservés sur les photos et textes Tsering Woeser 2011. Traduction par F.N.D., 2011. Ne pas reproduire sans permission.

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