« Il y a un séparatiste ici! » “这里有‘藏独分子’!”

« Il y a un séparatiste ici! »

 Traduction de “这里有‘藏独分子’!” par Tsering Woeser, 21 novembre 2011

 Voici le premier volet d’une série de neuf récits intitulée « Les petites histoires de Lhassa », écrite par Tsering Woeser de 2008 à aujourd’hui.

Un jour, un petit commerçant tibétain acheta une marmite à pression dans un magasin près du marché Chongsaikang de Lhassa. Revenu chez lui, il réalisa que le contenant de plastique à l’intérieur était brisé. Visiblement, il s’agissait d’un produit de médiocre contrefaçon. Il s’en retourna immédiatement pour se faire rembourser, mais le patron du magasin – un Han – refusa. Le Tibétain insistant pour qu’on le rembourse, le patron han se fâcha et cria vers l’extérieur du magasin :

« Il y a un séparatiste ici! »

Une patrouille militaire passant justement dans la rue à ce moment se précipita à l’intérieur en hurlant, et sans même discuter emporta le Tibétain. Celui-ci se mit à crier : « Il mentir, il mentir, je séparatiste pas! ». Son très mauvais mandarin, est-ce cela qui amena les militaires à croire qu’il ressemblait encore plus à un « séparatiste »? Après tout, la possibilité que quelqu’un parlant mandarin aussi librement qu’un Han soit un « séparatiste » est beaucoup plus faible. Quelques années auparavant, lors d’une conférence de la communauté artistique de Lhassa,  j’ai vu de mes propres yeux un haut fonctionnaire pointer à répétition un Tibétain au bas de la scène, insistant d’un ton sérieux : tu ne parles que tibétain, tu n’étudies pas le mandarin, quel genre d’idée est-ce là? Voilà où transparaît la position vacillante de plusieurs de nos camarades tibétains!

Ce pauvre tibétain, ne souhaitant que retourner sa marmite, fut amené dans le recoin d’une petite ruelle. On le frappa des poings et des pieds, deux policiers le piétinant tour à tour, le forçant ainsi à se rouler ici et là sur le sol. Quelques Tibétains arrivèrent à cet endroit, peut-être cherchant un endroit à l’écart pour s’y soulager, et se trouvèrent par accident face à cette scène. Baissant la tête, ils firent demi-tour et disparurent aussitôt. Quelques mois après l’incident, ce Tibétain roué de coups n’est toujours pas capable de lever les bras.

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