«Est-ce que vraiment notre koundoun est de retour? »

 Traduction de 我们的衮顿回来了吗? par Tsering Woeser, 21 novembre 2011

 Voici le troisième volet d’une série de neuf récits intitulée “Les petites histoires de Lhassa”, écrite par Tsering Woeser de 2008 à aujourd’hui.

 

Suite aux émeutes de mars 2008, les autorités locales annoncèrent : « Des preuves suffisantes confirment que le groupuscule du Dalaï-lama a organisé, comploté et minutieusement planifié ces émeutes violentes ». Par conséquent, l’ensemble de l’appareil de propagande se mit en branle afin de « récolter des preuves ». Parmi ceux-ci, la télévision du Tibet devint un porte-parole important, se précipitant à travers le Tibet pour filmer « l’état d’esprit du peuple tibétain ».

Dans un quelconque village, comme le journaliste souhaitait interviewer des villageois menant une vie heureuse, le chef du village appela une atsiala (en tibétain : grande sœur) tout ce qu’il y a de plus ordinaire et obéissante.

On installa la caméra et le journaliste posa la première question : « Qu’en penses-tu, quelle est la principale cause des émeutes du mois de mars ? »

Cette atsiala, parce qu’elle n’avait jamais vu un tel déploiement auparavant, était très tendue. Mais le chef du village lui avait très clairement expliqué : il s’agit d’une obligation politique et il est impératif de la mener à bien. Rassemblant tout son courage, elle dit en marmonnant et avec hésitation : « Hum, vous parlez de ceux qui ont pillé et brûlé? »

Le journaliste perdit presque connaissance. Les conditions de ce village étaient extrêmement pénibles, la nourriture et le logement posaient problèmes et l’équipe de tournage ne souhaitait qu’une chose : finir rapidement la journée pour retourner à la ville. Afin d’économiser du temps et de l’énergie, le journaliste décida d’orienter l’atsiala et lui dit directement sur place : « C’est le Dalaï-lama qui est responsable ».

Cette fois, ce fut le tour de l’atsiala de presque s’évanouir. Excitée, elle poussa doucement un cri, et alors que ses mains se joignirent aussitôt pour prier, elle dit d’une expression pieuse : « Oh, Si Tsue Song (en tibétain : Que les trois trésors du bouddhisme soit bénis), est-ce que vraiment notre Koundoun est de retour ? ». Koundoun est un des surnoms respectueux que les Tibétains donnent au Dalaï-lama, notamment lors de l’invocation révérencielle des mantras.

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