« Montrez vos papiers d’identité! »

 Traduction de 交出你的身份证! par Tsering Woeser, 22 décembre 2011

 Voici le quatrième volet d’une série de neuf récits intitulée “Les petites histoires de Lhassa”, écrite par Tsering Woeser de 2008 à aujourd’hui.

Il semble que chaque jour se change en un « jour sensible ».

Et « jour sensible » est une expression à la mode dans le Lhassa d’aujourd’hui. Par exemple, comme l’anniversaire du Dalaï Lama se dit « Sala Ba » (en tibétain « mercredi »), une tradition s’est instaurée par le simple bouche à oreille, de sorte que chaque mercredi, la fumée des feux de mûriers est particulièrement forte, la prière particulièrement chaleureuse, et bien sûr, les policiers en uniforme et les agents en civil sont également particulièrement nombreux.

Il s’agit d’un phénomène non seulement actuel, mais depuis quelques années déjà, les Tibétains à l’intérieur et en dehors du Tibet ont en fait graduellement une pratique afin d’honorer le « Laka » (en tibétain « sacré, blanc », louange lors de l’anniversaire de Sa Sainteté. Le « Laka » est considéré comme la fête nationale tibétaine). Il y a aussi le « serment de Laka ». Cela signifie que chaque mercredi sacré et blanc, le peuple tibétain s’engage à pratiquer toutes les choses qui appartiennent à la tradition tibétaine, comme l’habillement, la langue, la nourriture, les coutumes et de nombreux autres détails,  même si ce n’est, par exemple, que de réciter une « Om Mani Padme Hum » (Mantras du Bouddha).

En plus de ces « jours sensibles », il y a aussi les « questions sensibles » et les « années sensibles ». Par exemple, le mois de mars est devenu au complet un « mois sensible ». Depuis 1959 et ces dernières décennies, un grand nombre d’événements importants sont survenus au mois de mars, ce qui fit dire à un fonctionnaire de la fonction publique qui s’inquiétait: « 24 heures par jour au travail, même si nous travaillons tour à tour, chaque personne devra venir de nombreuses fois, comment endurer ça? »

Un jour, j’ai rencontré un aîné venu en autobus jusqu’à chez moi. Son trajet ne durait que cinq stations, mais à chaque station des soldats armés sautaient dans le car en criant : « Montrez vos papiers d’identité! ». Le conducteur qui comprenait le mandarin s’empressait de traduire en tibétain, annonçant l’ordre à haute voix à plusieurs reprises. Parmi les passagers se trouvaient trois Bola (en tibétain, des hommes âgés) pleins d’humour. L’un des Bola dit : oh zut, l’époque où nous devions accrocher à nos cous nos papiers d’identité est revenue! Le second  Bola répliqua : nous pourrions tout aussi bien les coller sur nos fronts, c’est plus visible. Le troisième termina : dans ce cas, il vaut mieux coudre nos papiers sur nos chapeaux, les Jinzhumami-La pourront les voir de très loin!  (en tibétain, Jinzhumami réfère aux soldats de l’Armée populaire de Libération, le suffixe « La » désigne ironiquement une preuve de respect). Tous les passagers de l’autobus rirent beaucoup.

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