Pourquoi diverge-t-on sur le décompte des Tibétains immolés ?

Pourquoi diverge-t-on sur le décompte des Tibétains immolés ?

Le 6 janvier de cette année, dans la préfecture d’Aba de l’Amdo, deux Tibétains se sont auto-immolés. Le site de nouvelles tibétaines Phayul rapporta ces faits à l’extérieur du pays. Cependant, lors de sa description des auto-immolations au Tibet intérieur, le site Phayul ignora la première auto-immolation, qui eut lieu au Tibet en 2009 : celle du moine Tapey de la préfecture d’Aba. Lorsque l’émission en langue tibétaine Kunleng de la station « Voix de l’Amérique » diffusa l’intervention du Kalon Tripa à la conférence bouddhiste du Kalachakra, qui récita les noms des immolés, elle ignora également Tapey.

Alors que des incidents d’auto-immolation se produisent constamment et à répétition au Tibet intérieur, si nous n’arrivons pas nous même à dire clairement ce qu’il en est, alors le reste du monde pourra encore moins s’en souvenir. C’est l’exigence la plus minimale qui nous incombe : lorsque nous utilisons des chiffres pour compter et exprimer ces vies, nous devons redoubler de prudence et surtout ne pas omettre et oublier. Si une telle erreur se produit, alors elle doit être immédiatement corrigée, sans empathie ou flagornerie envers celui qui a tort. Sinon, ce qui n’est au départ qu’une petite erreur peut se changer par la suite en confusion difficile à clarifier.

Actuellement, ce genre de confusion a pris forme. Dans de nombreux médias internationaux et sites étrangers, les rapports et observations concernant les auto-immolations au Tibet intérieur présentent des nombres qui diffèrent. La plupart commencent le décompte à partir de 2011, ignorant la première auto-immolation de 2009; et même les informations portant sur 2011 rapportent des erreurs dans le décompte des immolés. Cela est peut-être dû au fait que les incidents d’auto-immolations sont trop nombreux et constamment en changement. Mais la faute incombe encore plus au gouvernement tibétain en exil, aux organisations et aux médias qui n’ont pas eux-mêmes présenté clairement leurs chiffres, voilà pourquoi le monde extérieur a pu répéter les mêmes erreurs, voilà pourquoi les gens n’arrivent pas au même décompte pour cette question. Une des conséquences fut que lorsque récemment le porte-parole du Département d’État américain s’est déclaré préoccupé par les auto-immolations au Tibet, il ne compta que celles 2011.

À cette fin, je me dois de traiter cette horrible erreur avec un très grand sérieux. En fait, les choses auraient pu être très simples : si, aussitôt que les dirigeants ont su que Tapey avait été oublié, ils avaient immédiatement corrigé leur erreur, on aurait pu éviter entièrement la confusion qui suivit. Mais je ne sais pas pourquoi, il semblerait que lorsque les dirigeants font une erreur, alors corriger cette erreur leur semble poser problème, alors ils s’entêtent dans cette erreur. Et ce, jusqu’à ce que, maintenant, les dirigeants deviennent eux-mêmes une des principales sources de confusion.

Selon mon expérience, celui qui ne cesse de se décrire comme « grand, glorieux et juste » est le Parti communiste de Chine. Malheureusement, je n’ai jamais vécu dans une société démocratique, mais selon ma compréhension de la démocratie, je crois qu’il ne devrait pas y avoir de « grand, glorieux et juste » dans une société démocratique, car, en particulier, le premier devoir de la démocratie est de surveiller les dirigeants. Les dirigeants élus du peuple peuvent toujours être critiqués par le peuple, et donc les dirigeants n’osent pas se montrer arrogants, ils se doivent d’être humbles. Les médias ne flattent pas les dirigeants, mais cherchent avec une loupe tous leurs défauts… si ce n’est pas ainsi, alors comment peut-on parler de démocratie ?

Honnêtement, vivant dans un régime politique autoritaire et colonial, les Tibétains de l’intérieur n’ont jamais goûté le nectar de la démocratie, et j’ai peur que les Tibétains de l’intérieur accordent une confiance illimitée envers leurs dirigeants en exil, qui montrent des caractéristiques autoritaires qui nous sont familières et détestables – adulation divine, flagornerie du pouvoir, suppression de toutes critiques, etc. À cette fin, chers compatriotes de l’extérieur, pardonnez-moi, mais si le gouvernement tibétain en exil, les organisations et les médias continuent d’insister à ignorer la première auto-immolation de 2009 sur le territoire du Tibet, celle du moine Tapey de la préfecture d’Aba, alors je vais continuer à me faire entendre sur ce sujet jusqu’à ce que les faits soient restaurés.

Finalement, je dois encore une fois rappeler l’histoire de Tapey. Il avait à peine 20 ans lors de son auto-immolation, il était moine du Monastère de Kirti de la préfecture d’Aba de la région d’Amdo. Le 27 février 2009, dans la préfecture d’Aba, il s’immola dans un brasier, levant haut le drapeau du lion des neiges et la photo de Sa Sainteté le Dalaï-Lama. Il fut lourdement blessé par des coups de feu tirés par les militaires et emmené par la police. Il est toujours porté disparu, personne ne sait s’il est mort ou vivant. Il fut le premier à prendre l’initiative de l’auto-immolation, et son influence fut énorme.

11 janvier 2012

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