Notre Lhassa sera bientôt complètement détruite! Sauvons Lhassa!

Traduction de 我们的拉萨快被毁了!救救拉萨吧

Notre Lhassa sera bientôt complètement détruite! Ceci n’est pas une exagération!

Un touriste ayant récemment visité Lhassa publia le message suivant sur la plate-forme de microblogging Sina : « Aujourd’hui, il est clair que l’intention originelle pour Lhassa était d’en faire une ville touristique à l’image de Lijiang, luxurieuse et criarde à l’excès. Tous les commerçants, les auberges et tous les services artisanaux de la vieille ville ont dû déménager en banlieue de Lhassa, et ont été remplacés par des boutiques d’antiquités et des hôtels haut de gamme; tous les immeubles affichent la même façade identique. Est-ce que toutes les villes chinoises devront subir une même métamorphose stupide de style coréen? »

Parmi les photos envoyées par ce visiteur se trouvent les ‘Plans de projet’ du centre commercial ‘Barkhor Shopping Mall’, présentement en construction (à l’origine le siège du gouvernement du district de Chengguan, situé au nord-est du Barkhor sur la route contournant le temple de Jokhang, tout près de la rue communément appelée Barkhor qui se trouve à l’intérieur des limites de la vieille ville de Lhassa). Ces plans présentent une superficie de 150 000 mètres carrés, disposant de 1 117 places de stationnement souterrain. Ceci s’ajoute au « Spiritual Power Plaza », ouvert à la fin de l’année dernière, qui a été érigé au nord de la vieille ville de Lhassa et consiste en un gigantesque centre commercial résultant de la coopération entre les fonctionnaires et les hommes d’affaires locaux. La construction de ce centre ayant nécessité le pompage jour et nuit des eaux souterraines de Lhassa pendant plus de deux ans, les habitants sont terriblement inquiets et craignent que des fissures ou des gouffres apparaissent dans la vieille ville de Lhassa, entraînant des risques d’affaissement. En fait, de nombreuses fissures sont désormais visibles dans la vieille ville, tout comme des puits sans eau. Et aujourd’hui les autorités veulent construire dans un autre coin de la vieille ville un énième grand centre commercial et un autre stationnement souterrain… Est-ce que cela veut dire qu’il est déjà trop tard pour prévenir la catastrophe vers laquelle ces fantômes insatiables précipitent Lhassa?

Rappelons qu’en 1994, le Palais du Potala fut inclus dans la « Liste du patrimoine mondial » de l’UNESCO; mais dès 1996, le village millénaire de Shol, situé au pied du Palais du Potala, fut détruit et ses habitants déplacés. À la place du village, on construisit une place publique, semblable aux milliers d’autres places présentes partout en Chine, faisant ainsi la démonstration du pouvoir totalitaire de l’État. La destruction du village Shol défigura définitivement le Palais du Potala.

En 2000 et 2001, l’UNESCO inscrit sur la « Liste du patrimoine mondial » le temple de Jokhang et le Norbulingka en tant qu’ajouts au Palais du Potala, faisant de ces endroits, déjà sacrés en raison de leur valeur religieuse, historique et culturelle, un patrimoine culturel mondial. À ce titre, ces lieux bénéficient (du moins en théorie) de la protection appropriée. Malgré cela, en 2002, un monument en forme d’obus, célébrant la « libération pacifique du Tibet », fut érigé au centre de la place, faisant directement face au lointain Palais du Potala : ceci attrista profondément les Tibétains. En conséquence, le Palais du Potala reçu en 2007 de la Convention du patrimoine mondial un « carton jaune », accompagné d’une critique quant à la recherche excessive de revenus touristiques, d’un développement sauvage et le refus des autorités d’honorer leurs responsabilités et engagements. Le Palais du Potala risquait alors de perdre le titre de « patrimoine mondial ».

À ce jour, malheureusement, non seulement le développement touristique excessif du Palais du Potala se poursuit, même la vieille ville de Lhassa devient chaque année de plus en plus menacée sous les pas des millions de touristes dont le nombre augmente sans cesse. Dans sa poursuite du statut de « ville touristique internationale », la vieille ville change son apparence au point d’être défigurée par diverses modifications drastiques. Comme l’affirme l’artiste tibétain Kuang Laowu, « Face à l’attrait matériel et à la séduction du pouvoir, la singularité culturelle s’estompe peu à peu et l’uniformité urbaine s’impose partout. Derrière les signes d’une prospérité apparemment en plein essor, la vieille ville de Lhassa — depuis longtemps vidée de tout contenu — n’est qu’une fleur fanée, on n’y trouve désormais aucun des signes charmants de sa longue histoire ».

Il y a quelques années, Andre Alexander, un allemand s’étant pleinement engagé à réparer la vieille ville de Lhassa, a créé le Tibetan Heritage Fund (THF). De 1996 à 2002, cette organisation a sauvé près de 76 monuments historiques de Lhassa, révélant par le fait même à tous la terrible vérité : « Au début de 1980, le processus de construction de la ville détruisait systématiquement les bâtiments et quartiers historiques de la vieille ville. […]  Depuis 1993, 35 bâtiments historiques ont été détruits en moyenne chaque année. Si ce rythme se maintient, le reste des bâtiments historiques aura disparu d’ici quatre ans. » Comme leur excellent travail de restauration et leur témoignage contredisaient visiblement ceux tenant les rênes du pouvoir, ils furent finalement expulsés par les autorités tibétaines, avides d’enrichissement coûte que coûte.

Selon les plans du projet du « Barkhor Shopping Mall », l’objectif de rénovation du quartier de Barkhor est « de nettoyer, de dégager, de transformer et de moderniser ». Dans les faits, je comprends que la reconstruction de la vieille ville se divise en plusieurs zones : le centre de la vieille ville et la route qui encercle le Temple de Jokhang seront complètement détruits; tous les commerçants seront déplacés à l’intérieur du nouveau « Barkhor Shopping Mall ». Les habitants de ces rues seront entièrement déplacés vers la banlieue ouest de Lhassa, dans le district de Tolung Dechen. Les ménages optant pour un déménagement rapide peuvent obtenir de 20 à 30 mille yuan de subvention, mais refuser la délocalisation est synonyme de problème politique. J’ai entendu dire qu’un certain vieillard qui était réticent à déménager est devenu fou. Les appartements et les cours ainsi libérés ont aussitôt été utilisés pour y attirer des investissements : des bars, des hôtels, des magasins, des ateliers d’exposition de peinture viendront s’y installer. De grandes places seront aménagées dans les autres rues et ruelles de la vieille ville, comme c’est le cas en face du temple de Ramoché, et les habitants seront également relogés en banlieue. Au nord-est de la vieille ville, ancien siège du gouvernement du district de Chengguan, le « Barkhor Shopping Mall » est en construction. Les exemples sont innombrables.

Bien sûr, la rue Barkhor ne se videra pas : son importance religieuse est trop grande. Elle deviendra au contraire un lieu animé, mais n’existant que pour les touristes. Elle ne sera plus jamais cette rue où les Tibétains venaient s’incliner en priant lors de leur pèlerinage, et même si certains pèlerins continuent d’y faire des prosternations, ce ne sera que pour ajouter à l’amusement des touristes… Un désastre après l’autre, Lhassa chute dans une décadence tragique. Historiquement, Lhassa n’avait jamais connu de désastres miniers, et maintenant de tels accidents se produisent. Historiquement, la rivière de Lhassa ne s’était jamais asséchée, et maintenant le lit de la rivière s’assèche, faisant mourir les poissons. Historiquement, la vieille ville de Lhassa n’a jamais été une vulgaire attraction pour les touristes, et maintenant elle s’est transformée en une rue touristique telle qu’on en trouve à Shangri-La et à Lijiang. Est-ce que, prochainement, on nous obligera à acheter un billet d’entrée pour pénétrer dans cette version parodique de la « Vieille ville de Lhassa »?

Elle disparaît encore plus vite que les autres endroits; elle est submergée encore plus vite que les autres endroits. L’âme en peine, Andre Alexander avait écrit : « Chaque fois que j’y retourne, les vieux immeubles y sont visiblement moins nombreux, les pierres et les briques, les ruelles et les rues, même les chiens y disparaissent… » Et maintenant, la nouvelle ville de Lhassa, commercialisée par les grands bonzes au pouvoir, y prend forme. Dès lors, je perds ces parcelles de paysage du vieux Lhassa, que moi et tant d’autres avons profondément aimées. Dès lors, mes souvenirs du vieux Lhassa, tout comme les souvenirs de tant d’autres, sont recouverts d’une couche de béton. Comme un internaute le dénonçait : « Ils détruisent la vieille ville, creusent des routes, construisent des ponts, coupent la Kyichu, pompent l’eau souterraine… ces gens ressemblent vraiment aux incarnations des fantômes insatiables : tout ce qu’ils peuvent emporter, ils l’emportent; tout ce qu’ils ne peuvent pas emporter, ils le détruisent! »

Il convient de noter que, ces dernières années, les 121 immolations de Tibétains (à l’intérieur et à l’extérieur du Tibet) ont été le problème le plus important et critique pour les Tibétains. Bien que la communauté internationale n’y porte guère attention, ce problème est au centre même des préoccupations du gouvernement tibétain en exil, qui y concentre l’entièreté de ces efforts. Par le fait même, les autres catastrophes et risques auxquels est confrontée la société tibétaine ont été négligés, tels que la destruction imminente de la vieille ville de Lhassa. Si cela avait eu lieu par le passé, l’UNESCO pourrait à nouveau émettre un « carton jaune », mais personne n’y porte plus attention.

Cependant, le gouvernement chinois a fixé toute son attention sur ces immolations. Le 27 mai dernier, après que deux Tibétains se furent immolés entre le temple de Jokhang et le poste de police de la rue Barkhor (poste de police qui immédiatement fut élevé au rang de Bureau de sécurité publique de la vieille ville de Barkhor), l’« Hôtel Mandala » — dans lequel les deux Tibétains immolés avaient séjourné — fut réquisitionné par les autorités. L’hôtel devint le Comité de gestion de la vieille ville de Barkhor de Lhassa. Même la vieille ville de Lhassa fut renommée « Vieille ville de Barkhor ». Qu’il n’y ait jamais eu dans l’histoire de Lhassa une « Vieille ville de Barkhor » n’a pas d’importance : les autorités amorçaient précisément à ce moment leur rénovation à grande échelle de la vieille ville, elles faisaient ainsi d’une pierre deux coups, l’objectif de « maintenir la stabilité » s’accordant avec celui du réaménagement. Aujourd’hui, devant le temple de Jokhang ayant traversé les âges, les pèlerins en provenance des lointaines régions de l’Amdo et du Kang ne viennent plus se prosterner et les chambres qui auparavant étaient remplies des milliers de lampes à beurre jour après jour sont désormais vides. Il ne reste que les tireurs d’élite perchés sur les toits des maisons tibétaines et les soldats lourdement armés patrouillant sur la place principale, il ne reste que les immenses centres commerciaux qui ouvrent l’un après l’autre grâce à la corruption des autorités municipales, il ne reste que ces colonnes en plastique d’un rouge sang à l’entrée des centres commerciaux, signe de l’invasion et de la vulgarité des nouveaux riches.

Il y a quarante ans, lors de l’adoption de la « Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel », l’UNESCO déclara que « Quel que soit le pays auquel ils appartiennent, certains biens du patrimoine culturel et naturel présentent un intérêt exceptionnel qui nécessite leur préservation en tant qu’élément du patrimoine mondial de l’humanité tout entière, la dégradation ou la disparition d’un bien du patrimoine culturel et naturel constitue un appauvrissement néfaste du patrimoine de tous les peuples du monde, et ces biens doivent donc être communément protégés par l’humanité. »

Par conséquent, je demande à l’UNESCO et aux autres organisations à travers le monde de mettre fin à cette « modernisation » si terrible de la vieille ville de Lhassa, qui représente une faute impardonnable et incommensurable à l’égard du paysage, de la culture et de l’écologie de Lhassa!

Je demande aux nombreux tibétologues, aux spécialistes et aux institutions de tibétologie du monde entier de prêter attention à la ruine totale qui menace en ce moment même la vieille ville de Lhassa.

Je garde espoir que des gens de tous les horizons et de tous milieux organiseront des opérations pour sauvegarder la vieille ville de Lhassa!

Notre Lhassa sera bientôt complètement détruite! Sauvons Lhassa!

4 mai 2013 – 6 mai 2013

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4 commentaires pour Notre Lhassa sera bientôt complètement détruite! Sauvons Lhassa!

  1. LANNOY dit :

    Je me suis rendue au Tibet en 2010 et je m’étais déjà rendue compte de la présence militaire. La place du Potala apparait comme un dessin animé : écrans géants, musique de valses…. et défilé militaire permanent. Comment peut-on laisser détruire le centre religieux de Lhassa, là où se retrouvent tant de tibétains, pourquoi?????? De quoi a-t-on peur??? Bien sûr les richesses intérieures du Tibet sont plus qu’intéressantes et de ce fait on les prend…. On peut dire que c’est pour le bien et le confort des tibétains, mais leur demande-t-on seulement leur avis? J’ai eu la chance de rencontrer des tibétains (de France) en 2011 lors d’une exposition de mes photos prises là-bas. Quel bonheur de voir dans leurs yeux la joie de voir ces photos, et lorsque je leur ai dit que j’aimerai y retourner, ils m’ont dit de ne pas tarder….. prémonition? non, réalité…. je vais essayer de refaire le voyage, mais j’ai peur de ce que j’y verrai.
    Nos politiques sont conscients, enfin j’espère, de ce qui arrive, mais le raisonnement commercial prend le dessus et je n’apprends rien à personne.
    N’oublions pas que le centre de Lhassa a été classé patrimoine mondial de l’UNESCO, n’est-ce pas une protection???? ou alors, où allons-nous si nous laissons tout faire, ce sera une escalade à tout!!!!!!!!!!!!!!!!!!
    bon courage à tous… Mes photos sont à votre disposition si vous le souhaitez.

  2. Ping : Lhassa, comme un ghetto au temps des nazis – indigène éditions

  3. vaturu dit :

    LE AUTO-IMMOLAZIONI DI PROTESTA DI GIOVANI TIBETANI, SON RESE INVISIBILI DAL POTERE CINESE!

    E’ una vergogna, OGGI, vedere una nazione, il TIBET , e un intero popolo trattato come schiavi, come stranieri nella propria terra;
    è questa la politica disumana di occupazione coloniale attuata dal governo cinese in barba ai più elementari diritti umani;

    il Tibet ha una tradizione millenaria, una civiltà con alla base una società civile non violenta, una società basata sul rispetto umano, una convivenza dettata dalla naturale propensione alla libertà!

    In Tibet, si muore ogni giorno con l’auto-immolazione, una forma di pratica non violenta per protestare contro l’occupazione illegale della nazione tibetana, centinaia di giovani si stanno immolando per sensibilizzare il mondo del loro diritto alla vita nella libertà.

    Il governo cinese riesce a non far sapere al mondo quanto accade in questa terra martoriata, e nello stesso tempo si affanna a distruggere la tradizione , i templi, la città sacra per eccellenza Lhasa , capitale e cuore del TIBET.

    E nessuno leva il suo grido di dolore , nessun velo di pietas, nessuno si inginocchia a dare aiuto, nessuno…..

    da indipendentisti sardi, da uomini e donne libere, diamo la nostra solidarietà, sosteniamo e diamo testimonianza di questa assurdità, il nostro parlarne darà visibilità a questa tragedia, alziamo tutti assieme e gridiamo: « Salviamo Lhasa! » SALVIAMO il TIBET!

    Vàturu Erriu Onnis Sayli
    Portavoce del movimento sardo Sa Defenza

  4. Ping : 唯色 | 法国Indigène éditions出版社介绍我的法文版新书 - 中国数字时代

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