« Chercher querelle », « petits détails », « établir l’autorité »

Traduction de 挑刺小事树权威

Pour dire la vérité, lorsque j’exprime une opinion contraire à celle des dirigeants tibétains en exil, même si c’est pour rappeler que le décompte des immolations doit remonter jusqu’à celle de Libai en 2009, j’ai une hésitation et une confusion sans précédent. Des voix me parviennent de l’extérieur des frontières qui affirment fortement et sûres d’elles-mêmes : en ces temps difficiles, nous devons serrer les rangs, il ne faut pas se chercher querelle, il ne faut pas influencer les grandes circonstances en raison de petits détails, c’est le temps d’établir l’autorité du chef, et non pas de le critiquer… Ce genre de paroles, pour moi qui vis dans une société dictatoriale, sont trop familières. Les dictateurs toujours s’appuient sur ce genre de prétexte pour exiger de la société qu’elle soit « unie dans la détermination, unie dans l’action, unie dans la discipline ».

Critiquer les dirigeants, cependant, devrait être une norme fondamentale d’une société démocratique. Réprimer de telles critiques, quels que soient les motifs et les raisons, est incompatible avec la démocratie. Une société démocratique d’âge mûr ne devrait jamais traiter les élus comme de « Grands Leaders », mais plutôt comme des objets qui nécessitent une constante surveillance. « Le président n’est pas fiable » est le point de départ des idéaux démocratiques, dompter le gouvernement et les dirigeants est la tâche fondamentale de la politique démocratique. Et à cette fin, il s’agit d’abord de la liberté de critiquer. Par conséquent, une société démocratique sera remplie de ce genre de grandes et petites « critiques » contre les dirigeants.

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Éradiquer l’éducation en langue tibétaine pour « préserver la stabilité

Éradiquer l’éducation en langue tibétaine pour « préserver la stabilité »

 Je me souviens encore du 19 octobre de l’année dernière, à Regong dans la province d’Amdo, lorsque plusieurs milliers d’étudiants et de lycéens ont quitté leurs écoles, levant au bout de leurs bras de petits tableaux noirs, sur lesquels était inscrit en caractères tibétains : « Nous avons besoin des cours de Tibétain ». Par la suite, dans plusieurs endroits d’Amdo, des districts de Qinghai jusqu’aux districts du Gansu, d’innombrables jeunes ont mis en branle un mouvement pour la défense de leur langue maternelle. Même dans l’Université centrale des nationalités à Pékin, plusieurs étudiants tibétains ont élevé leur voix.

 Je me souviens qu’à cette époque, plus de 300 enseignants tibétains ont fait parvenir aux autorités régionales du Qinghai une lettre, leur demandant de soutenir que la langue d’enseignement des étudiants tibétains reste leur langue maternelle et d’abandonner l’application du principe « le mandarin comme langue principale, le tibétain comme langue auxiliaire, le mandarin comme langue d’enseignement et le mandarin comme langue de l’éducation préscolaire ». Des Tibétains ont quitté leur emploi de cadre du Parti, les éducateurs seniors ont également envoyé des déclarations d’opinion semblables au Bureau du Front uni et à d’autres grands départements.

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« Les rayons de la liberté viendront éclairer cette terre d’espoir »

« Les rayons de la liberté viendront éclairer cette terre d’espoir »

Traduction de “自由的光芒来照亮这希望的大地”

Le 26 mars, une autre nouvelle de l’immolation d’un Tibétain nous est parvenue. Il s’agit d’un jeune tibétain du Kham, Jampa Yeshi, ayant quitté sa maison dans le Dawu pour fuir en Inde. À l’époque, lorsqu’il quitta ses parents, il n’avait que 20 ans. Il s’est immolé à New Delhi, où plusieurs centaines de Tibétains en exil protestaient contre la venue officielle en Inde du chef d’État chinois Hu Jintao, voilà pourquoi des images et des enregistrements de la scène ont rapidement fait le tour du monde. Certains ont surnommé l’immolé Jampa Yeshi de « torche humaine des droits de l’homme », utilisant le feu de son corps pour illuminer les ténèbres actuelles de notre monde.

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Qui est Tsering Woeser? Biographie.

Voici une biographie mise à jour de Tsering Woeser :

Tsering Woeser (née en 1966, à Lhassa) est une écrivaine d’origine tibétaine dont les livres et nombreux articles offrent des perspectives uniques sur les complexités du Tibet d’aujourd’hui. Fille de deux membres du Parti communiste, son père était d’ailleurs officier dans l’Armée populaire de Libération, Woeser a fait ses études en mandarin, langue dans laquelle elle écrit poésie, reportages et récits. Elle est mariée à l’écrivain et militant chinois Wang Lixiong, connu pour ses prises de positions politiques et pour son roman « Péril jaune » (1991).

 Après des études littéraires à l’Université des nationalités du sud-ouest dans la capitale du Sichuan (Chengdu), elle fut affectée à Lhassa en tant que rédactrice de la revue de littérature tibétaine et commença à découvrir son véritable patrimoine. Dans « Le Tibet au-dessus » (1999), Woeser publie des poèmes qui explorent son identité tibétaine. Son second livre, « Notes sur le Tibet » (2003), traite plus directement et de façon critique des questions culturelles et politiques à travers des portraits de la vie des Tibétains. Ce livre fut interdit, Woeser perdu son emploi et toutes ses prestations sociales, mais se résolut à utiliser ses mots comme arme afin de mettre par écrit le passé et le présent du Tibet.

 S’installant dans l’anonymat de Pékin en 2003, elle utilise l’Internet pour publier des commentaires de plus en plus explicites sur l’arrestation et la torture des Tibétains, les qualités littéraires attrayantes de son écriture transmettant son message d’autant plus efficacement. La préoccupation et l’engagement de Woeser envers l’avenir de la culture tibétaine l’amenèrent à toucher des questions aussi variées que la peinture, les cérémonies bouddhistes, les questions environnementales et économiques, le cinéma et la littérature contemporaine, et à mener des recherches exhaustives pour publier des livres révolutionnaires, tels que « La mémoire interdite : le Tibet pendant la Révolution culturelle » (2006), qui combine des photographies prises par son père lors de cette période sombre avec des témoignages de participants qu’elle recueillit par des entrevues.

 Au cours des manifestations de masse contre la domination chinoise et la répression violente de 2008, le blog de Woeser devint la principale source d’information pour plusieurs médias et amis du Tibet à travers le monde. Diffusant les informations de ses contacts au Tibet, elle publia des rapports quotidiens sur les manifestations, les violations des droits de l’homme et les exécutions extrajudiciaires. En décembre 2008, elle fut parmi les signataires originaux de la Charte 08. Elle prit également position contre les emprisonnements d’intellectuels ouïghours lors des émeutes de 2009. Conséquences de ses engagements politiques, Woeser fut mise en détention à domicile et harcelée par les policiers, ses sites furent fermés, ses mouvements sont limités, on lui interdit de quitter la Chine et elle reste sous surveillance constante de la part des autorités. Malgré tout, elle continue à écrire sur les questions sensibles qui touchent le Tibet de l’intérieur même de la Chine.

 Ces dernières années, sa contribution à la culture tibétaine et son énorme courage furent reconnus et récompensés par plusieurs organisations à l’extérieur de la Chine. Elle fut honorée par plusieurs prix internationaux, dont le Prix du Norwegian Authors Union (2007), le prix pour la liberté d’expression de l’Association des journalistes tibétains en exil, le Courage in Journalism Awards de la fondation International Women’s Media Foundation (2010) et le Prix du Prince Claus (2011)

 Woeser a fait preuve d’un courage qui l’honore, en parlant pour ceux qui sont réduits au silence et opprimés, par sa combinaison irrésistible d’excellence littéraire et de reportage politique, par la sauvegarde, la diffusion et son soutien à la culture tibétaine et par son engagement actif envers l’autodétermination, la liberté et le développement du Tibet.

Nous vous incitons à nous faire part de vos commentaires : ceux-ci seront traduits en Chinois et transmis à l’auteur Woeser.
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Étudier le bouddhisme en Inde, se faire « laver le cerveau » à Lhassa

Étudier le bouddhisme en Inde, se faire « laver le cerveau » à Lhassa

Traduction de 去印度学佛,在拉萨被“洗脑”

Dès que je pense à ces « groupes d’études » répartis à travers Lhassa, dès que je pense à ceux qui ont reçu une « éducation » dans ces groupes, et particulièrement à ces nombreux Tibétains qui reçurent cette « éducation », dès que je pense qu’ils reçurent cette « éducation » uniquement parce que, à la fin de leur vie, ils se rendirent en Inde, à Bodhgaya, pour participer à l’initiation Vajrayana dirigée par le Dalaï-Lama, aussitôt je vois se dessiner devant mes yeux quelques vieux Tibétains. Ce sont tous des aînés que j’ai aperçus à Lhassa, des citadins ou des employés à la retraite absolument ordinaires, des croyants dont le cœur est tourné vers Bouddha et qui furent victimes de la répression politique.

 L’un d’eux, en apparence pas très vieux, avait quitté quelques années auparavant un poste au salaire généreux, seulement pour réaliser son désir de rencontrer le Dalaï-Lama. J’ai lu son journal, à l’intérieur duquel il décrit son impression après avoir fait le pèlerinage au Palais du Potala : « Les caméras de surveillance sont plus nombreuses que les fenêtres, les soldats sont plus nombreux que les lamas, les souris sont plus nombreuses que les Bodhisattva ». Il est encore aujourd’hui enfermé dans un de ces « groupes d’études » et ne peut revenir chez lui.

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« Tu veux garder ton emploi, oui ou non? »

Traduction de “想不想要饭碗”?, 29 mars 2012

Après que les protestations de 2008 eurent éclaté, les autorités firent s’abattre sur le Tibet une large répression, dont plusieurs des méthodes de « contrôle » restent encore utilisées aujourd’hui. L’été dernier, lors de mon voyage dans la région de Kang, j’ai appris que l’ensemble des fonctionnaires de l’État dans les régions tibétaines de la province du Sichuan doivent remplir un formulaire spécial, dont le contenu comprend les questions suivantes : 1. Est-ce qu’il y a un moine ou une nonne bouddhistes dans votre famille? 2. Votre maison comporte-t-elle une icône bouddhiste sacrée? 3. Une photo du Dalaï-Lama est-elle affichée dans votre maison? 4. Des membres de votre famille se trouvent-ils à l’étranger? 5. Possédez-vous un passeport? 6. Avez-vous une double croyance? (croire à la fois au Parti communiste et au bouddhisme). Ce formulaire, bien que devant être rempli par les Tibétains comme par les Chinois, vise en fait très clairement les Tibétains.

 Comme me le demanda un ami taïwanais vivant, dans une société démocratique : c’est très ennuyant, on le remplit et ensuite quoi? Je lui répondis : si vous répondez positivement, vous êtes inclus dans la « liste noire » et devenez un objet de suspicion, si vous répondez par la négative, alors vous vous conformez aux objectifs de l’éducation du Parti. Cet ami m’a demandé: mais leur esprit est-il vraiment si simple? Je lui ai répondu : ils connaissent les véritables pensées des Tibétains, mais ils cherchent à ce que les Tibétains se confessent un par un, le but ultime étant la dissuasion et leur stigmatisation.

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Immolation en Inde

Janphel Yeshi, Tibétain en exil en Inde, s’est immolé par le feu à New Delhi le 26 mars 2012 lors d’une manifestation contre la venue prochaine en Inde du président chinois Hu Jintao. Il a été hospitalisé dans un état jugé très sérieux, a-t-on appris de source policière.

Photographies prises sur le carnet de Drugoi.

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